Du côté d’Auzelles, c’est de métier dont on va parler

Le piton est rocheux et pourtant, dominant la vallée du Miodet, l’église paroissiale Saint-Blaise si trouve à l’aise en ce lieu. Il est vrai que du haut de son piédestal, tel un bijou au milieu de la forêt d’Ailloux, l’endroit est idéal pour veiller sur Auzelles. Ce sont les chauves-souris, fidèles à la région, qui me l’ont dit ! Située sur la D996 en direction de Suggères, aux limites du massif forestier du Haut-Livradois, la charmante Auzelles invite ses visiteurs, comme il se doit, à méditer.

C’est une succession de petits plaisirs à découvrir : des balades en forêt, l’histoire d’Henriette, la pétanque ou encore la cueillette…

Mais enfin si l’on excepte ce cadre authentique, son écrin de verdure, le pont qui enjambe le ruisseau et l’intérêt à détailler l’architecture fortifiée du monument, sa porte peu banale, ses fresques, ses ferrures médiévales, qu’y a-t-il de si particulier pour que cet endroit retienne notre attention ?

Ce pourrait être l’histoire de ses moulins mais malheureusement il n’en reste rien. Ce pourrait être la richesse de sa végétation où des arbres centenaires y mêlent fièrement leurs couleurs de saison. Ce pourrait être aussi le charme des lavoirs et fontaines oubliés dispersés dans la soixantaine de hameaux tant le territoire regorge d’eau…

Cette fois, c’est de métiers dont on va parler ! Comme partout en milieu rural, un grand nombre y était représenté et, à une époque encore récente, hommes et femmes qui les exerçaient, rendait autonome Auzelles et sa région : scieur de long, charron, mineur, minotier, chiffonnier… Disparu, l’évolution ne les a pas attendus, même les noms en perdition sont à porter au patrimoine. Heureusement, subsistent quelques professions : des fermiers, éleveurs de bœufs, de moutons et cochons, des agriculteurs qui creusent le sillon, autant de personnes qui, pour sauvegarder les traditions, aménagent la terre à leur manière.

Des machines agricoles du temps passé

Et pour leur faire hommage, c’est à Chigros qu’il faut se rendre car dans ce très joli hameau, dont le nom évoque le métier de peigneur de chanvre, se trouve réuni du matériel agricole qui a servi au siècle dernier. Parfaitement restaurées par un passionné, toutes ces machines sont désormais exposées dans un musée à ciel ouvert, là, sur le terrain, prêtes, comme au bon vieux temps, à retourner le sol, transporter le purin ou encore moissonner le blé. Du râteau-faneur à la charrue brabant, du coupe-racines si tranchant à l’araire à pomme de terre, voila que tous ces outils rappellent le travail des champs, les conditions difficiles, le temps qui passait doucement…

Un forgeron, symbole des métiers oubliés

Pourtant, les anciens vous le diront, les belles machines ne suffiront pas à empêcher le départ vers d’autres horizons pour exercer un travail à « façon», un second métier mieux payé. Même si quelques-uns n’ont pas pu s’y résoudre, une majorité s’en est allé pour toujours. Certains ont voulu témoigner ou laisser un souvenir du passé. Ce fut le cas de l’un d’entre eux à qui il a paru nécessaire d’offrir aux habitants de Chigros un objet symbolisant à lui tout seul le travail agricole. Désormais, le forgeron de la paix figure en bonne place tout en haut de la fontaine à l’entrée du village. Chacun pourra s’en faire une idée mais avec son bras en l’air dans un geste figé pour l’éternité, ce forgeron semble bien vouloir marquer d’un seul coup de marteau l’histoire de Chigros en témoignage des métiers oubliés, en mémoire de tous ceux qui les ont connus.