Du côté de Brousse, église et famille « hautes en couleur »

BrousseEn ce début de printemps, je vous emmène aux portes du Parc du Livradois-Forez dans la commune de Brousse située légèrement en retrait de la route départementale 996 qui va d’Auzelles à Sugères en direction de Sauxillanges.
Depuis le vallon de l’Ailloux et du haut de ses 630 mètres d’altitude, ce petit village tranquille, installé dans un cadre beaucoup plus verdoyant que son nom le laisse supposer, offre quotidiennement à ses habitants et visiteurs de magnifiques clichés sur toute la chaîne des puys et, à proximité, de très beaux circuits de randonnées.
Mais enfin, si l’on excepte ces paysages splendides et le fait de constater l’enthousiasme des habitants à préserver leur patrimoine naturelle, qu’y a-t-il de si particulier pour que ce village retienne notre attention ?

Brousse

Une église « haute en couleur »

Eh bien, tout d’abord, l’église Saint-Martin. Cet édifice de style roman, datant du XIème, remanié au XIVème et XVème siècle, affiche sans détours ses couleurs. Tout son intérieur en est illustré depuis ses murs, ses plafonds, ses colonnes rehaussées de sculptures bizarres et énigmatiques. Tout entière, elle en est ornée dans une harmonie de pastel qui tranche parfaitement avec la couleur de ses vitraux. À l’approche des fêtes pascales, c’est plutôt un joli clin d’œil que d’aller l’admirer, on dirait que, distraitement, les cloches se sont emparées du lieu pour y incruster des sucreries. Les enfants vont adorés surtout quand ils vont découvrir qu’un petit agneau, peint lui aussi, les attend au bas de la croix qui trône sur le devant de la bâtisse.

Une autre particularité c’est qu’autrefois, la commune était scindée en deux paroisses : celle de Brousse avec l’église Saint-Martin et, un peu plus au sud-ouest, distante de trois kilomètres du bourg, celle de Montboissier avec son église datant du XIIème dédiée à Saint-Julien. En réalité, ce village de Montboissier, qui tire son nom de la nature même du relief en forme de butte couverte de buis sur lequel il se trouve, a fournit son patronyme à l’une des plus puissantes familles d’Auvergne : les Montboissier.

Une famille « haute en couleur »

C’est en effet au-dessus du village que fut élevé le château féodal de Montboissier, sur les lieux mêmes d’un ensemble d’orgues basaltiques. Le château n’existe plus, les orgues n’ont plus, d’ailleurs car l’exploitation accrue de la carrière de pierres (désormais abandonnée) a mis rapidement un terme à la conservation des ruines de l’édifice. Seule, reste à visiter l’église Saint-Julien.

On pourrait donc repartir de Montboissier déçu : plus de château et cette petite église qui semble si vide. Pourtant, à l’intérieur,  en y regardant de plus près, voilà que l’histoire se rappelle à nous,  se dévoilant au travers d’un vitrail placé juste au-dessus de la porte. Wouah, c’est vrai que le prénom (un peu démodé) de la Sainte qui y figure fait sourire : il s’agit de Raingarde de Semur (ou Rhingarde), femme pieuse qui, avant de rentrer au monastère de Marcigny, fut l’épouse de Maurice II de Montboissier, celui-ci ayant pour père Maurice 1er, fondateur de la dynastie. De son époux, elle eut huit enfants et de ses huit fils, trois d’entre eux sont devenus des abbés bénédictins, le plus connu étant Pierre, dénommé par la suite Pierre le Vénérable, célèbre abbé de Cluny.

À cette époque, la famille se partage entre le château et Cunlhat, chef-lieu de la baronnie. Mais, comme ses frères, Pierre est destiné à la vie monastique et c’est dès son plus jeune âge qu’il doit quitter Montboissier pour entrer au  couvent de Sauxillanges. Doté de nombreuses qualités, Pierre se voit confier de grandes responsabilités, il voyage beaucoup, écrit des livres, traduit le Coran, s’investit dans des problèmes de pouvoir, se passionne pour les réformes et devient le premier abbé européen. Ses frères ne sont pas en reste et sont pour la plupart nommés prieur, abbé ou archevêque.

Si vous souhaitez prolonger ce délicieux retour dans les temps féodaux, allez faire un tour du côté du Pic de la Garde, à environ trois kilomètres au nord-ouest de Brousse, en direction de Saint-Jean-des-Ollières. Là, sur ce piton rocheux en basalte se trouvait le château appartenant à Hugues le Décousu, arrière-grand-père de Pierre le vénérable. Il n’en reste rien.  À la place, on y découvre une statue de la Vierge. Montez jusqu’à la petite table d’orientation… c’est… c’est … MAJESTUEUX !

C’est seulement en 1791 que Montboissier deviendra un village de Brousse.