Paroles de sanglier, un vocabulaire bien particulier

Le sanglierCela remonte à pas mal d’années mais de mémoire d’animal, j’ai toujours eu l’impression d’être un mal-aimé qu’on aime bien. Tant d’ambiguïté à mon égard vaut bien la parole d’un sanglier.

C’est vrai que par nécessité on m’a toujours chassé pour ma viande riche en protéine et en phosphore et, d’une façon singulière, j’étais fort apprécié pour enrichir la pharmacopée du passé en transformant  mon urine en miel pour aider à lutter contre les vers et les calculs biliaires et la laie faisant les frais de son utérus réduit en poudre pour rendre les femmes plus fécondes. A mon corps défendant, voilà que mes défenses servaient aussi de talisman et mes soies, dures et douces à la fois, se transformaient en brosses à dent. Chassé aussi pour l’image que je donne avec ma « sale gueule », ma force herculéenne mais aussi pour les dégâts dans les cultures à mon passage. Tenez, dans des récits très anciens, on me décrit comme néfaste, malfaisant, voire monstrueux et dans certains tableaux, me voila représenté sur l’autel du sacrifice plus par plaisir du sang que par croyance des dieux.

Or, malgré ça, je suis toujours là, jamais disparu. Bien au contraire, je suis dans des tas de revues, vanté « par Toutatis » dans les BD avec mon copain Obélix, mis à l’honneur pour mes valeurs au combat, gravé sur des pièces de monnaie, vénéré par les Celtes, désigné fièrement pour figurer sur les armoiries des Ardennes. C’est à peine si j’ose y croire, mais depuis longtemps on se passionne pour moi, on s’interroge sur ma structure sociale de type matriarcal où la cellule de base est constituée de plusieurs laies, où les jeunes par instinct s’affichent dans un ensemble parfait, où les grands mâles, devenus mâles, acceptent la solitude, à l’exception de quelques ruts quand même. A la chasse, on s’étonne de ma force, de mon énergie. On me trouve intelligent et rusé, sachant discerner l’ennemi principal. On s’émeut pour mon courage et le chasseur, c’est très paradoxal, m’admire et me respecte pour tout ça.

SanglierUn vocabulaire bien particulier pour désigner le sanglier

Son physique.
La hure est la tête, les mirettes désignent les yeux, les écoutes, les oreilles, le boutoir, c’est le groin et les grès sont les canines très développées de la mâchoire supérieure. L’armure, c’est la peau qui recouvre les flancs, les gardes, les os situés derrière les jambes, les suites sont les testicules et le vrille, c’est la queue. L’onglon désigne le sabot qui termine les doigts des pieds.

Ses habitudes.
Le sanglier vit en harde. Si le mâle prend un bain de boue dans la souille et se repose dans une bauge,  la laie, sa femelle, fait ses petits dans un chaudron.  Il marque son territoire à l’aide d’housures, traces boueuses qu’il laisse volontiers sur les arbres. Lorsqu’il cherche sa nourriture en profondeur, il fait des boutis et du vermillis pour chercher des larves.

Son âge.
A moins de six mois avec sa livrée rayée, voilà le marcassin, il devient bête rousse jusqu’à un an, bête de compagnie jusqu’à deux ans. Les années suivantes, il se fera appeler tiersan ou tiers-an (ragot si  l’animal qui ne vit plus en compagnie) puis, quartanier, quart-an ou quartan pour ses quatre ans et lorsqu’il a atteint les cinq ans, il est désigné sous le nom de quintanier.